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Gay, bi, trans : la valse des étiquettes

Ainsi, le coming out. Mais le coming out de quoi ? D’où vient-elle, cette "sortie du placard" ? Politiquement, culturellement ? Et surtout, c’est quoi, être homo ? C’est la valse des étiquettes : on est homme, femme, "homo", "hétéro", "bi", ou "on ne se prononce pas” ? On est asexuel, transexuel, intersexe… Comment s’y retrouver ?

Chic mais discret

La bisexualité reste au placard

Rejetée par les hétérosexuels, et rejetée par les homosexuels, la bisexualité dérange encore, et génère bon nombre d’idées reçues. Même en 2014, les “bi” souffrent encore d’un manque de visibilité, que ce soit au sein de la communauté LGBT (lesbien, gay, bisexuel et transsexuel) ou chez les "hétéros". Pourtant, elle est bien plus répandue que ce que l’on croit…

Le coming out, c’est une chose. Le coming out bisexuel, c’en est encore une autre. Aliénor, 28 ans, ne veut pas entendre parler de ce mot, et pourtant :

« Dans ma vie j’ai aimé des hommes comme des femmes. En ce moment, je suis avec une femme, mais je peux très bien tomber de nouveau amoureuse d’un homme.
- Tu es bisexuelle, alors ?
- Oh, non ! Pas du tout !
- Pourquoi ne serais-tu pas, techniquement, bisexuelle, puisque tu es indifféremment attirée par les deux sexes ?
- Je ne sais pas. Je sais simplement que je ne me définirai pas comme bisexuelle ».

Aliénor n’est pas la seule à réagir ainsi. Les personnes qu’on pourrait définir comme bisexuelles ne veulent pas entendre de ce mot, et chez les autres, homosexuels comme hétérosexuels, ce sont les mêmes reproches qui reviennent : “La bisexualité, ça n’existe pas” ; “La biphobie, ça n’existe pas, car si est un bi est discriminé, c’est parce qu’il s’affiche avec une personne du même sexe, pas parce qu’il s’affiche avec quelqu’un de l’autre sexe” ; “Ils sont infidèles” ; “Ils ne savent pas choisir”. Une jeune femme lesbienne de 31 ans nous confie : “On craint toujours qu’une bi ne parte finalement avec un mec, par exemple pour faire un enfant”.

La socio-anthropologue Catherine Deschamps, auteure de l’ouvrage Le Miroir bisexuel (Balland, 2002), a entendu mille fois ces remarques négatives. Celles-ci soulignent la difficulté, pour beaucoup, de définir la bisexualité, puisqu’elle échappe au cadre normatif d’un couple.

Cette impuissance face à une forme de sexualité qui n’épouse aucun modèle engendre des idées reçues, et une forme de rejet : “Pour poser la bisexualité, il faut se représenter trois personnes. Voilà pourquoi elle donne matière à quantité de fantasmes”. Et la chose est tout aussi compliquée à concevoir pour les homosexuel(le)s, pour beaucoup de raisons : “Dans le cadre des combats pour les droits des LGBT, les bisexuel(le)s sont souvent considéré(e)s comme étant des traîtres à la cause, puisqu’ils sont censés garder, finalement, un pied dans la normalité”. Catherine Deschamps ajoute : “Mais les jugements réducteurs se retrouvent chez les uns comme chez les autres : les bis considèrent que nous sommes tous bi, ce qui est réducteur et faux, tandis que certains homos affirment que la bisexualité n’existe pas, ce qui est tout aussi faux, ou bien que la biphobie n’existe pas, ce qui est en soi biphobe...

Pour tenter de démêler cet écheveau de malentendus, revenons aux sources. Si le terme est apparu pour la première fois sous la plume de botanistes, sans se référer à la sexualité humaine, ce n’est qu’avec Freud, ainsi qu’avec son confrère Fliess, que le terme est réellement diffusé. Le problème, c’est qu’il est mal interprété.

Freud et le "Tous bisexuels"

Wikimedia

Sigmund Freud (1856 - 1939)

En effet, loin d’affirmer que nous sommes tous "bi" sans (forcément) le savoir, Freud écrit plutôt que nous avons « une disposition bisexuelle originelle ». Pour résumer la chose, il considère que nous avons, dès la naissance, un côté masculin et un côté féminin. Des tendances masculines et féminines existent donc chez chacun(e) d’entre nous, mais elles ont tendance à s’homogénéiser au fil de la vie, et petit à petit, nous sommes censés épouser les caractéristiques principales des hommes, ou celles des femmes. Ce qui est très différent de ce concept de « bisexualité innée », qu’on a souvent - à tort - attribué à Freud comme étant une justification scientifique de la bisexualité, ce qui serait étonnant de la part d’un psychanalyste ambivalent sur la question, qui a pu écrire en 1915 :

"La recherche psychanalytique s'oppose avec la plus grande détermination à la tentative de séparer les homosexuels des autres êtres humains en tant que groupe particularisé. En étudiant d'autres excitations sexuelles encore que celles qui se révèlent de façon manifeste, elle apprend que tous les hommes sont capables d'un choix d'objet homosexuel et qu'ils ont effectivement fait ce choix dans l’inconscient », mais qui écrivit également cela, en 1929 : « La théorie de la bisexualité demeure très obscure ».

Malaise dans la civilisation

Cette “obscurité” décrite par Freud a débouché, plus tard, sur une forme d’invisibilité. Si dans les années 70, en France par exemple, on a vu l’émergence d’un mouvement bi assorti de revendications égalitaires, “on est loin d’avoir assisté à un Stonewall bisexuel”, commente Catherine Deschamps.

Qui sont les bisexuel-le-s ?

Quelques décennies plus tard, la bisexualité reste mal connue. Difficile de recenser les bisexuels ; difficile d’avoir des données objectives sur leur mode de vie. Le peu de choses que l’on sait, on les doit notamment aux chercheurs Nathalie Bajos et Michel Bozon, qui ont mené en 2008 une immense enquête sur la sexualité des Français(e)s.

Selon les résultats de leur étude, les femmes bisexuelles (et donc également homosexuelles, soit les femmes qui, selon les termes de l’enquête ont « eu des pratiques homo/bisexuelles et hétérosexuelles au cours des douze derniers mois »), sont âgées entre 25 et 34 ans (37,7% d’entre elles). 57,3% d’entre elles ne vivent pas en couple, 63% d’entre elles sont célibataires, et elles ont tendance à vivre dans une ville de plus de 100 000 habitants à 40,6%. Chez les hommes, le ratio est sensiblement similaire : 29,4% d’entre eux ont entre 25 et 34 ans, ils sont célibataires à 66,9%, et 37,6% d’entre eux vivent dans une ville de plus de 100 000 habitants. A noter également, quelques différences dans les pratiques amoureuses : les femmes homo-bisexuelles pratiqueraient davantage la fellation que les hétérosexuelles, ou même la sodomie : 60% des femmes homo-bisexuelles pratiquent la fellation, contre 30% des femmes hétérosexuelles interrogées.

Bisexuel, bi-curieux, “bisexual chic” : le grand bazar

Mais ces chiffres, on le voit, concernent à la fois l’homosexualité ET la bisexualité. Et c’est là que le bât blesse : la bisexualité est assez peu représentée. De chiffres précis, d’études, et de représentations de la bisexualité, il n’y en a guère. Au placard, les "bi" ? Cela se vérifie par l’absence criante de figures bisexuelles revendiquées (à part peut-être l’écrivaine Colette ou David Bowie ; et encore, ce dernier, après avoir affirmé être bisexuel, puis avoir renié cette phrase, reste depuis relativement évasif sur la question). Catherine Deschamps note que “Virginia Woolf pourrait être considérée comme une figure bisexuelle, mais les lesbiennes aussi se l’approprient, si je puis dire”. Même l’orientation sexuelle de Lou Reed, qui eut des relations avec des hommes, des femmes, et une personne transgenre nommée Rachel, pose question aux commentateurs. Mention spéciale, toutefois, à Emma de Caunes, qui vient de faire son coming out bi dans une interview donnée au magazine lesbien Jeanne.

Cela dit, mentionner des “expériences homosexuelles”, comme le fait Emma de Caunes - qui, notons-le, ne parle pas de “relations homosexuelles” mais d’ ”expériences” - fait-il de nous des bisexuels ?

Certains doutent de la sincérité de certains coming out bisexuels de célébrités, parfois avides de “provocations” afin se faire remarquer. Des clips érotico-bi de Madonna à Britney Spears embrassant Madonna (tout en refusant de se définir comme “bisexuelle”), en passant par le tube I Kissed A Girl de Katy Perry, le “bisexual-chic” a envahi les shows à l’américaine où la presse people est invitée à gloser éternellement sur des échanges salivaires entre chanteuses à succès. A noter, d’ailleurs, que cette tendance semble plutôt toucher les femmes. La tentation est grande de railler cette pratique comme une “mode faite pour exciter les garçons”. En 2010, la rappeuse américaine Nicki Minaj a déclaré en interview avoir menti sur sa bisexualité afin “d’attirer l’attention....

Mais pour Catherine Deschamps, qu’importe la façon dont on le montre : nous sommes bisexuels à partir du moment où nous le revendiquons. A partir, en somme, du moment où on fait son coming out bisexuel. Cela dit, pour ceux que le terme effraie, il existe un autre mot, peut-être moins déterminant, pour qualifier cette curiosité à l’égard de l’homosexualité que peuvent ressentir certain(e)s hétérosexuel(le)s : “bi-curieux” (ou encore “homoflexible” ou “hétéroflexible”). Largement utilisé sur les sites de rencontres libertins, ce terme ne désigne pas la bisexualité comme une orientation sexuelle “constante”.

De toute manière, la sexualité, par nature, est-elle un état constant et défini tout au long de la vie ? Alfred Kinsey fut l’un des premiers à mettre en doute cette idée reçue, pourtant tenace, en écrivant, dans son ouvrage Sexual Behavior in the Human Male (Le Comportement sexuel de l'homme), publié en 1948, que :

« Tout n'est pas noir et tout n'est pas blanc. La nature, selon un principe fondamental de la taxinomie, a rarement affaire à des catégories distinctes. Seul l'esprit humain invente des catégories et s'efforce de faire entrer les faits dans des cases séparées. Le monde vivant est un continuum dans ses moindres aspects».

En 1978, le sexologue et psychiatre américain Fritz Klein va encore plus loin, en établissant une grille d’orientation sexuelle qui recense 7 “orientations sexuelles” différentes, d’”hétéro-exclusif” à “homo-exclusif”. Et au milieu, quantité de possibilités… Vous êtes sceptiques ? Pas convaincus ? Curieux ?

L'échelle de Kinsey

>Faites le test de Klein !

Gay Pride : année zéro

Stonewall, ou la brutale sortie du placard

Sans le Stonewall, ce petit bar miteux situé au 53, Christopher Street, à New York, pas de Gay pride, pas de coming out, pas de “rainbow flag”, et peut-être pas de mariage pour tous…

Lexique

Source : Wikimedia

Les mots des homos

Si les mots les plus nombreux pour qualifier l’homosexualité sont tantôt insultants, tantôt péjoratifs, quantité de termes, scientifiques, imagés ou poétiques existent également. En voici une liste non-exhaustive.

Archive

Diaporama

Source : Makers

Martina Navràtilovà, la pionnière de la raquette

L’une des plus grandes joueuses de tennis mondiales, née en 1956, a fait son coming out en 1981. A cette époque où le milieu du sport ne brillait pas par sa tolérance, la chose était plutôt courageuse : “Dans les années 80, je connaissais un coach de la NHL (la Ligue de hockey nationale) qui pensait qu’il n’y avait pas d’homos chez les joueurs de hockey”, raconte-t-elle aujourd’hui.

Avant de pondérer : “Lorsque je suis sortie du placard, en 1981, je n’ai pas eu beaucoup de soutien de l’opinion (...). Mais, au moins, je n’ai pas eu besoin de m’inquiéter pour mon travail. Dans le tennis, il n’y a pas de patrons, pas de managers, pas de coaches qui pourraient empêcher une joueuse de faire des compétitions. De ce point de vue, ça allait”.
Pour Navràtilovà, toujours très impliquée dans le mouvement LGBT (lesbien, gay, bisexuel, transexuel) le coming out du joueur de la NBA Jason Collins, en avril 2013, est un moment historique.

Wikimedia

Françoise Gaspard, le coming out politique

Née en 1945, cette sociologue et personnalité politique française, maire (PS) de Dreux de 1977 à 1983, députée d'Eure-et-Loir, députée européenne, conseillère régionale, très engagée dans les mouvements féministes, fut la première femme politique à déclarer publiquement son homosexualité.

Comme elle le raconte dans une interview de 1999 donnée au Nouvel observateur, le milieu politique de l”époque, c’était plutôt le “XIXème siècle”. En 1980, Gaston Defferre, maire (PS) de Marseille et futur ministre, dont elle était proche, la prévient d’un : " François Mitterrand va gagner les élections, il faut que vous vous mariiez avant les présidentielles, vous et quelques autres, ­ si vous voulez avoir une carrière ministérielle". Ce à quoi Françoise Gaspard répond, bravache : “Il faudrait que la loi change pour que je puisse me marier !”. Elle a tenu parole : elle a fait son coming out au moment de son pacs, en 1999. Et elle s’est mariée, à 68 ans, à Claude Servan-Schreiber, l’ex-épouse du patron de presse Jean-Louis Servan-Schreiber, en août 2013.

Source : Wikimedia

Oscar Wilde, le dandy "outé" (1854-1900)

Si dans les classes de littérature et dans les bibliothèques l’oeuvre d’Oscar Wilde est bien connue, l’auteur du Portrait de Dorian Gray est aussi célèbre pour ses moeurs. Après une vie de mondanités et de salons littéraires, il rencontre en 1891, à l’âge de 38 ans, un jeune poète, Lord Alfred Douglas de Queensberry. Les deux amants mènent une vie scandaleuse pour l’époque en affichant ouvertement leur homosexualité.

Seulement, le père d’Alfred, outré de cette relation amoureuse, menace à de nombreuses reprises d’”outer” (bien que le mot n’existait pas à l’époque) le célèbre écrivain. Il tente même de perturber la première de l’une de ses pièces, De l’importance d’être constant, en 1895, puis contre-attaque en faisant livrer une carte à Wilde dans l’un des clubs qu’il fréquentait avec son épouse où il écrit : “A Oscar Wilde, qui s’affiche comme sodomite”. C’est là que Wilde décide de l’attaquer pour diffamation !
Tout en se défendant, lors du procès, d’être homosexuel, puisqu’à l’époque, la chose était interdite en Grande-Bretagne et surtout, punie par la loi. Mais le procès tourne bien vite à la conspuation publique, de nombreux témoins venant attester de l’homosexualité de Wilde. Au terme d’un second procès, sa réputation entachée par ces scandales, Wilde endure deux ans de prison. Il meurt pauvre, sa carrière brisée, en exil à Paris, en 1900.

Source : Wikimedia

Colette, bisexuelle et scandaleuse (1873-1954)
Qui se souvient encore que les fameux cols Claudine que portent aujourd’hui les petites filles sages et les femmes élégantes, tire son nom d’une série de romans de Colette qui décrit avec délices des amours lesbiennes ?

L’auteure de Claudine à l’école était en effet bisexuelle : mariée d’abord à l’écrivain Willy, qui exigeait d’elle une fidélité hétérosexuelle sans failles, tout en l’autorisant à fréquenter des femmes, elle oscilla toute sa vie entre les deux sexes. Colette, que l’écrivaine Julia Kristeva qualifia de “reine de la bisexualité”, voyait en elle une forme d’”hermaphrodisme mental”. Pour elle, séduire un homme, ou séduire une femme, équivalait quasiment au même : “Il m’a été facile de surprendre que les moyens de plaire sont les mêmes chez les hommes et chez les femmes, et guère plus discrets », écrivait-elle.

Photo : Kay Tobin Lahusen, NYPL Digital Library

Frank Kameny, l’intellorebelle contre l’administration (1925-2011)

Cet astronome brillant, diplômé d’Harvard, qui officiait au sein de l’Armée américaine, fut arrêté à Washington en 1957 lors d’une descente de police dans un parc connu pour abriter des amours homosexuelles. Peu après son arrestation, il fut renvoyé. Mais Kameny ne s’arrêta pas là, et fit appel de son renvoi de l’armée par deux fois, portant l’affaire devant la Cour suprême, laquelle rejeta sa demande. Par ce combat fondateur, il est considéré comme l’un des premiers activistes gay, et s’est auto-attribué la phrase “Gay is good” (“Etre gay, c’est bien”). Ce n’est qu’en 2009, soit deux ans avant sa mort, que l’administration s’excusa officiellement de ce renvoi injuste. Ironie de l’histoire, Kameny est mort un 11 octobre, journée mondiale du coming out !

Source : Wikimedia

Harvey Milk : le martyr politique (1930-1978)

Harvey Milk est resté dans l’Histoire comme le premier homme politique ouvertement gay. Il fut élu en 1977 comme conseiller municipal à la mairie de San Francisco. Se sentant menacé, cet activiste des droits homosexuels établi dans le quartier du Castro avait enregistré des cassettes audio, prêtes à être diffusées en cas d’assassinat. Sur l'une d'elle, il disait : “If a bullet should enter my brain, let that bullet destroy every closet door in the country”, ce que l’on peut traduire par : “Si une balle devait traverser mon cerveau, qu'elle détruise toutes les portes de placard”.

C’est ce qui arriva le 27 novembre 1978, ou son pire ennemi politique, le très conservateur Dan White, l’assassina, lui et le maire de la ville George Moscone, d’une balle dans la tête. White fut condamné à sept ans de prison pour “homicide involontaire”, une peine relativement clémente. Ses avocats avaient plaidé qu’il était victime d’une mauvaise alimentation...

Le réalisateur Gus Van Sant lui a rendu hommage dans un biopic en 2008, Harvey Milk, où son rôle est joué par Sean Penn.

Dans le rétro

Wikimedia

1982, Paris : seconde marche des fiertés gay organisée par le Comité d'urgence anti-répression homosexuelle (CUARH).

La conquête des droits

A partir des années 70, la reconnaissance des droits des homosexuel-le-s est devenue un combat politique. Le voici raconté en 10 dates clés.

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